Marrakech est la ville qui se tourne vers l'intérieur. Les ruelles de la médina sont étroites, les murs sont nus, les portes sont lourdes et cloutées de têtes de cuivre et ne révèlent rien de ce qui se trouve derrière elles. Derrière l'une d'elles, un riad : une maison privée à cour organisée autour d'une fontaine centrale, les proportions tirées de la tradition architecturale arabo-andalouse, les surfaces revêtues de zellige géométrique jusqu'à deux mètres de hauteur puis de plâtre peint au-dessus. La logique est arabo-andalouse, et c'est l'inverse de la tradition occidentale d'afficher la richesse sur la façade. Ici, la façade est un mur. L'intérieur est tout.
La médina et sa logique
La médina de Marrakech a été fondée en 1070 par la dynastie almoravide. C'est l'une des plus grandes zones urbaines sans voiture au monde, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985. Le tracé n'est pas aléatoire : les souks sont organisés par métier, un système de zonage médiéval qui plaçait les métiers les plus propres (libraires, marchands d'épices) les plus proches des mosquées et les plus industriels (tanneurs, forgerons) à la périphérie, où leur fumée et leur bruit pouvaient être contenus.
Le souk aux épices s'étend entre la place Rahba Kedima et la zone du marché central. Les étals commercent depuis des siècles en safran, cumin, ras el hanout (un mélange qui peut contenir vingt épices ou plus selon le marchand) et pétales de rose séchés de la Vallée du Dadès. La Vallée du Dadès, à deux cents kilomètres au sud-est, produit des roses vendues à l'international pour la parfumerie et l'usage culinaire. La médina est l'endroit où le produit et l'histoire de son origine sont encore le même lieu.
La navigation dans la médina n'est pas linéaire. Les ruelles bifurquent et reviennent sur elles-mêmes. L'approche correcte consiste à identifier deux points de repère fixes, la Mosquée Koutoubia à l'ouest et la place Djemaa el-Fna au sud, et à les utiliser comme ancres. Tout le reste est relatif.
Le riad comme format
Bill Willis est arrivé à Marrakech dans les années 1960 et est devenu le décorateur préféré de la communauté bohème internationale de la ville. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, qui ont visité la ville pour la première fois en 1966, ont chargé Willis de rénover leur Villa Oasis adjacente au Jardin Majorelle. Son approche, combinant les traditions artisanales marocaines avec une sobriété moderniste inspirée de son parcours américain, a défini le modèle esthétique que le mouvement international de rénovation des riads des années 1990 et 2000 a largement suivi.
Riad Monceau, au bord de la Djemaa el-Fna, est un exemple fonctionnel du type arabo-andalou à pleine échelle : tables en mosaïque rose et verte dans la cour, un dais de feuillage palissé, la piscine comme centre acoustique. Les cuisines du Bistro Arabe (chef Myriam Ettahri) et de La Pergola (chef Abdel Alaoui) fonctionnent selon une logique d'ingrédients partagée de produits marocains et de formation classique française. Dar Moha, au bord de la piscine d'un riad dans la médina nord, sert des tajines raffinés et des variations de couscous sous le chef Mohamed Fedal depuis deux décennies.
Nomad et le principe du rooftop
Le restaurant sur les toits à Marrakech remplit une fonction que le restaurant en rez-de-chaussée ne peut pas : il vous sort du bruit du souk et vous donne la skyline de la médina, les minarets et les toits plats et la Koutoubia visible à l'ouest, sans vous sortir de la ville. Nomad, au-dessus du souk aux épices, est l'exemple le plus cité : les vues sur les toits de la médina sont authentiques, le menu est une lecture contemporaine des saveurs marocaines, et le service est calibré pour les hôtes internationaux sans le mettre en scène.
Une soirée sur un rooftop de Marrakech en juin ou juillet est le registre sensoriel le plus spécifique de la ville. La température de l'air tombe de quarante degrés l'après-midi à vingt-huit à neuf heures du soir. L'appel à la prière arrive de plusieurs minarets à des moments légèrement différents, ce qui produit un écho superposé. La lumière est la lumière du monde arabe au crépuscule : ambrée, directionnelle, brièvement extraordinaire avant de sombrer dans le noir complet. La robe pour ce moment n'est pas la robe pour un dîner sur un rooftop européen. Les normes de couverture sont différentes ici. Épaules et genoux couverts, en général. Une robe longue et ample se lit correctement et est plus confortable dans la chaleur résiduelle que tout ce qui est structuré.
Ce que la soirée exige
La logique interne des soirées de Marrakech, c'est qu'elles commencent tard et durent longtemps. Dîner avant neuf heures est inhabituel. L'heure sociale commence vers le coucher du soleil, sur un rooftop de riad ou dans une cour, avec du thé à la menthe dans les verres traditionnels et de la pastilla en petites portions. Le plat principal arrive à dix heures. La soirée se poursuit aussi longtemps qu'il y a de la conversation.
Pour une longue soirée à une table sur les toits dans une robe conçue pour être sans structure, la question pratique est la même que partout où la température est élevée et la durée est incertaine. Caches-tétons en silicone de qualité médicale de Corée, bons pour quinze utilisations ou plus, tiennent correctement pendant quatre ou cinq heures de dîner par temps chaud. L'adhésif se retire proprement en fin de soirée. Rien de la base ne devrait être visible ni ressenti à travers un lin léger ou de la soie, le tissu qui fonctionne le mieux contre la chaleur de Marrakech et la qualité particulière de ses intérieurs éclairés aux bougies.
Le Jardin Majorelle
Jacques Majorelle, peintre français et fils du créateur de meubles Art nouveau Louis Majorelle, a construit son atelier à Marrakech en 1931 et a passé quarante ans à cultiver le jardin autour de lui. Il a inventé un bleu cobalt spécifique pour les bâtiments, une couleur aujourd'hui appelée Bleu Majorelle, qui est devenu l'un des éléments de design les plus copiés dans l'histoire des intérieurs marocains. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé ont acquis le jardin en 1980, menacé par un projet immobilier, et l'ont restauré au fil des décennies suivantes. Le Musée Yves Saint Laurent Marrakech a ouvert adjacent au jardin en 2017.
Le jardin est à son meilleur tôt le matin avant de devenir le site touristique le plus visité de la ville en milieu de matinée. Le cobalt des bâtiments contre les verts profonds de la collection de bambous et de cactus est l'image qui a rendu la ville célèbre à l'international. La fin d'après-midi a une qualité différente : la lumière entre en diagonale à travers les palmiers, le jardin se vide de ses visiteurs et devient, brièvement, ce que Majorelle entendait quand il l'a construit.
Le désert
Le trajet jusqu'à Erg Chebbi, les dunes de sable du Sahara oriental près de Merzouga, prend quatre heures au sud de Marrakech à travers le Haut Atlas et la Vallée du Dadès. La logique de passer une nuit aux dunes est distincte de la logique de Marrakech. L'échelle du paysage est différente d'une façon qui ne se réduit pas à la photographie. Arrivez au coucher du soleil. La couleur du sable change toutes les quinze minutes, de l'or à l'orange, au rouge, à un gris-violet sombre au moment où la lumière s'efface. Le silence après est total. C'est le silence spécifique d'un endroit genuinement vide.
Marrakech accueille des visiteurs étrangers depuis les années 1960 et a développé une longue pratique pour calibrer son hospitalité en conséquence. Les riads qui fonctionnent le mieux sont ceux gérés par des familles qui y vivaient avant que le marché de la rénovation ne les découvre. Ils savent quel restaurant dans la médina sert la même recette de couscous depuis trente ans et quel rooftop offre la vue juste sur la Koutoubia au coucher du soleil. Cette connaissance est le vrai produit d'un bon riad, et elle ne figure sur aucune plateforme de réservation.
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